Film Sound of metal: de la musique au silence, devenir sourd

"Sound of metal" plonge les spectateurs dans le quotidien tumultueux de Ruben, un jeune musicien en passe de devenir sourd. Un film "assourdissant" sur l'acceptation du handicap, en salle le 21 janvier 2021, disponible en audiodescription.

 

« De la musique au silence... » Ruben et Lou, ensemble à la ville comme à la scène, sillonnent les Etats-Unis entre deux concerts. Un soir, Ruben est gêné par des acouphènes ; un médecin lui annonce qu'il sera bientôt sourd : « La sensibilité auditive que vous avez perdue ne reviendra jamais ». Désemparé, et face à ses vieux démons, Ruben va devoir prendre une décision qui changera sa vie à jamais. Est-t-il prêt à être pris en charge et à prendre soin de lui ? Réponse le 20 janvier 2021 dans les salles obscures avec Sound of metal, un film tonitruant sur l'acceptation du handicap, révélation des festivals de Toronto et Deauville (bande-annonce ci-contre).

Film sous-titré et audiodécrit

Ce second long-métrage de Darius Marder est un hommage à sa grand-mère ayant perdu l'audition après avoir pris des antibiotiques, « qui lui ont malgré tout sauvé la vie ». « Elle s'est retrouvée piégée dans ce no man's land entre le monde sourd et le monde entendant. Toute sa vie, elle s'est battue pour que les films soient sous-titrés car elle était désolée de ne plus pouvoir en regarder », confie le réalisateur. En toute logique, il a donc sous-titré le sien, tout en l'accompagnant de descriptions sonores afin de permettre aux spectateurs malentendants ou non de partager ensemble « cette expérience dans une même salle de cinéma ». « La surdité n'équivaut pas au silence, et les sourds, entre eux, ne sont pas silencieux mais bruyants comme l'illustre la scène du dîner », poursuit-il.

La musique comme exutoire

Faire simple ? Trop peu pour Darius Marder, qui décide de tourner le film dans l'ordre chronologique et sur pellicule. « Il n'y aura pas de triche, pas de trucage. Nous allons vivre cette expérience, vous allez jouer de la musique », annonce-t-il à ses acteurs principaux. Un « numéro de haut vol » pour Riz Ahmed qui, dès la première lecture du scénario, en est « immédiatement tombé amoureux ». Sur les ordres du chef, il prend donc des cours de batterie et « tape sur des caisses et des cymbales chaque jour pendant deux heures et demie ». « Sean (ndlr, son professeur) a passé beaucoup de temps à m'aider à comprendre la psychologie obsessionnelle des batteurs et à m'expliquer que cela provient souvent d'une douleur intérieure », révèle-t-il.

La langue des signes, une expression « honnête »

Pour s'approprier le rôle de Ruben, il prend également des cours de langue des signes durant sept semaines. Son professeur lui permet « d'ouvrir les yeux sur la manière dont les entendants peuvent se cacher derrière la langue ». Selon lui, la langue des signes permet de s'exprimer d'une manière « plus honnête ». « Quand on engage tout son corps dans le langage, on devient beaucoup plus expressif. Les personnes sourdes disent souvent que les personnes entendantes ont un blocage émotionnel vis-à-vis d'elles », précise Riz Ahmed. Pour simuler une perte auditive, il utilise des implants qui émettent « un bruit blanc puissant » l'empêchant d'entendre sa propre voix. Une expérience « intense » et « déroutante », selon lui, qui fait naître un sentiment de « désespoir, comme s'il était désormais impossible de se connecter aux autres ». Au fil de ses rencontres avec la communauté sourde, il découvre les stigmatisations dont certains sont victimes et brise les idées reçues. « Certaines personnes pensent qu'être sourd signifie être stupide, déplore-t-il. Au contraire, il faut être plus attentif, concentré, plus présent qu'une personne entendante qui peut s'imprégner des échanges autour d'elle de manière passive ».

Un monde obtus ?

L'acteur prend également conscience du manque d'accessibilité et de tolérance de la société. « Pour les personnes qui subissent une perte auditive soudaine, le déni est une grande partie du processus, tout comme la honte. La terreur d'être déconnecté du monde, la honte d'être ostracisé, observe-t-il. Ce monde est conçu pour des gens qui entendent et qui voient... » Pas étonnant, selon lui, que de nombreuses personnes déficientes auditives se réjouissent à l'idée d'être (enfin) représentées, dans ce film, comme « une culture et une communauté, et non définies par leur handicap ».

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