Syndrome "Elephant man": vers une meilleure prise en charge?

Les syndromes d'hypercroissance dysharmonieuse provoquent des déformations physiques, plus ou moins invalidantes selon les cas. Des chercheurs développent un consortium unique pour améliorer leur prise en charge et identifier de nouveaux traitements.

 

Excroissances de tissus graisseux, malformations vasculaires, scoliose, douleurs chroniques, organes endommagés... Le syndrome de Cloves (Congenital lipomatous overgrowth, vascular malformation, epidermal nævi)  et les troubles apparentés provoquent la croissance anarchique de certaines parties du corps, y compris du cerveau (appelé mégalencéphalie), qui peuvent avoir des conséquences sociales délétères caractérisées par un taux élevé d'échec scolaire pour les enfants, une désocialisation et des décès prématurés. Le principal responsable ? La mutation du gène PIK3CA, qui régule la prolifération et la croissance des cellules, généralement lors du développement embryonnaire. Dans le film de David Lynch, au cœur du Londres des années 1880, « Elephant Man » en fait les frais, exhibé dans des fêtes foraines, considéré comme un « monstre ». Près d'un siècle et demi plus tard, si les mentalités ont évolué, la prise en charge de cette maladie génétique rare reste encore insuffisante et hétérogène...

Un consortium « unique » 

En 2018, le Dr Guillaume Canaud et son équipe développent un inhibiteur appelé BYL719, qu'ils soumettent à une cohorte de 19 patients suivis à l'hôpital Necker-Enfants malades – AP-HP (vidéo ci-contre). Ses principaux atouts ? Sa simplicité, un comprimé chaque matin, et « l'absence d'effets secondaires notables ». Une révolution dans le milieu médical qui laisse entrevoir un espoir de guérison pour cette maladie jusqu'alors incurable. Deux ans plus tard, Guillaume Canaud, désormais promu au rang de professeur, s'est fixé un objectif, toujours plus ambitieux : transformer le parcours médical et le devenir des patients atteints de syndrome d'hypercroissance dysharmonieuse, via le consortium Cosy (en anglais, Cure overgrowth syndromes), un projet de cinq ans financé par l'Agence nationale de la recherche dans le cadre des programmes d'investissement d'avenir (PIA). L'enjeu ?  Onze partenaires s'unissent pour redéfinir un nouveau standard de soins et offrir une organisation de services multidisciplinaire « innovante » et « unique » dédiée à ces patients. « Une spécificité française », se réjouit Pr Guillaume Canaud, son coordinateur.

« Tous les tissus peuvent être affectés (graisse, vaisseaux, muscle, os…) et participent à la grande variabilité des manifestations. En raison de cette grande diversité de symptômes de nombreux spécialistes peuvent y être confrontés (dermatologues, généticiens, chirurgiens orthopédistes, chirurgiens maxillo-faciaux ou viscéraux…) d'où la nécessité d'une prise en charge pluridisciplinaire », plaide l'hôpital Necker, l'un des partenaires.

Sensibiliser et identifier de nouveaux traitements

Bien décidé à améliorer la compréhension de ces physiopathologies, il entend notamment sensibiliser le grand public, proposer « des outils de diagnostic génétique robustes », démocratiser les tests génétiques et utiliser des technologies innovantes. Autres objectifs : identifier de nouveaux traitements pour offrir une médecine de précision, développer un nouveau logiciel d'imagerie permettant d'évaluer et de suivre avec précision les malformations, concevoir un registre national et créer des centres experts mais aussi transformer la condition sociale et le bien-être des patients. Pour ce dernier point, les chercheurs souhaitent essaimer le nouveau concept de soins développé à l'hôpital Necker- appelé « La suite ». « C'est un centre où les adolescents ont accès à des assistants sociaux, des esthéticiennes, un coiffeur, etc., afin de les aider à mieux accepter leur corps dans la période difficile que peut représenter la transition vers l'âge adulte », expliquent-ils sur leur nouveau site web (en lien ci-dessous).

Trois questions au Pr Guillaume Canaud...

Q : Quelles sont vos motivations ?
GC : C'est une vaste question ! J'ai toujours été attiré par la science, la compréhension du fonctionnement d'une maladie mais également la nouveauté. Par ailleurs, je suis très sensible à la question du handicap, et, dans ce type de pathologie, les conséquences sont très importantes. En effet, outre les symptômes de la maladie telle que la douleur ou les saignements, les hospitalisations et chirurgies à répétition, le retentissement social est majeur avec bien trop souvent des enfants et adultes discriminés en raison du handicap physique, se trouvant ainsi en marge de la société.

Q : Sur quel gène travaillez-vous actuellement ?
GC : Nous avons bien entendu un intérêt particulier pour les mutations du gène PIK3CA mais aussi AKT1 (responsable du syndrome de Protée) et de ses cousins AKT2, AKT3 et mTOR. Ce projet devrait également permettre d'identifier de nouveaux gènes et, possiblement, de nouvelles pistes thérapeutiques. En effet, l'un des enjeux majeurs consiste à repositionner des traitements développés pour d'autres pathologies et qui pourraient être bénéfiques dans ces syndromes, comme nous l'avons déjà démontré.

Q :  Comment comptez-vous l'étudier ?
GC : Grâce à ce financement, nous avons une opportunité unique de pouvoir rapprocher différents types de recherche (clinique, fondamentale, génétique, radiologique, informatique...) autour d'un même type de pathologie. A mon sens, l'élément clé est d'avoir sur un même site les patients et la recherche fondamentale (nouveaux modèles de souris, nouveaux gènes identifiés...). C'est ce que nous sommes parvenus à créer sur le campus Necker.

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