Handicap mental : le magazine qui explique la sexualité

Déjà 20 n°. S'informer sur l'intimité en toute intimité, tel est l'objectif du nouveau magazine "J'existe et je veux", sorti en 2015, par et pour les personnes déficientes intellectuelles. Une nouvelle pierre dans un débat qui ne s'essouffle pas.

 

Cinq ans après son lancement, J'existe & je veux, magazine consacré à la sexualité chez les personnes handicapées, rédigé en facile lire et à comprendre, permet à ses 1 000 abonnés d'aborder un sujet encore trop souvent tabou avec leurs aidants, professionnels ou familiaux. En 2020, la maquette change mais l'objectif reste le même : permettre aux personnes handicapées de s'épanouir dans leur vie amoureuse et sexuelle. Le dernier numéro (mars-mai 2020) aborde la sexualité à l'âge adulte. A découvrir en ligne (lien ci-dessous) ! 

Article initial du 20 juin 2015
L'amour et la sexualité font partie des droits fondamentaux ; c'est la Convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales qui le dit. Pourtant, force est de constater que le règlement intérieur de la majorité des établissements français interdit à ses résidents d'être en couple et, même, parfois, de s'embrasser. Pour beaucoup, les relations amoureuses et sexuelles demeurent encore taboues. Deux foyers du Var, à l'initiative de l'ADAPEI (Association départementale des amis et parents d'enfants inadaptés) locale, ont ainsi entrepris de lever le voile et de donner des réponses concrètes en lançant, le 15 juin 2015, un nouveau magazine www.facebook.com/jexisteetjeveux. Destiné aux professionnels de santé, aux aidants mais surtout aux personnes handicapées mentales, « J'existe et je veux » est rédigé en Facile à lire et à comprendre (FALC) par les résidents de ces foyers ; la manière la plus pertinente de joindre les deux bouts.

Débat perpétuel

Si ce trimestriel est le tout premier du genre, la littérature liée à la sexualité des personnes déficientes mentales à destination du grand public demeure très abondante. Une sexualité pour les personnes handicapées : réalité, utopie ou projet ? de Denis Vaginay (2014), Vie affective et sexuelle des personnes déficientes mentales : accompagnements, interventions et programmes éducatifs de Michel Merci et Hubert Gascon (2006), L'ange et la bête : représentation de la sexualité des handicapés mentaux d'Alain Giami et Chantal Humbert (2001)… La question de leur rapport au sexe ne date pas d'hier. Pourtant, faute d'être capable de trouver une réponse adaptée, le débat n'a jamais été aussi contemporain. Le colloque annuel « Transmettre des savoirs sur le handicap, oui mais comment ? » animé par l'anthropologue Charles Gardou, qui se tenait à Lyon le 2 juin 2015, en a d'ailleurs été le théâtre. Sur les quatre tables rondes organisées, une avait pour thème « Expérimenter une vie intime et sexuelle quand on est en situation de handicap : chimère ou réalité ? ».

La formation des accompagnateurs remise en question

Donnant la parole aux personnes concernées (personnes handicapées, chercheurs et professionnels), cette rencontre a permis d'aborder de nombreux points. Par exemple, les accompagnateurs ont souligné que leur formation ne préparait pas suffisamment – si ce n'est pas du tout – à gérer la problématique de la vie sexuelle des résidents, ce qui entraîne une diversité des comportements pas toujours adaptés. La mise en place de groupes de discussion au sein de certains établissements ou bien les programmes de sensibilisation menés, parfois, par les plannings familiaux permettent effectivement de communiquer et d'échanger sur le sujet mais ne règle pas l'aspect concret de la chose.

Au-delà du sexe, le désir d'enfanter

Au milieu des échanges, une maman a laissé l'assistance bouche bée en s'exprimant sur un sujet qui va au-delà du « simple » acte sexuel : le désir d'enfanter. Sa remarque sonnait comme un déchirement : « Un jour, ma fille m'a demandé si elle pourrait avoir un bébé. Je n'avais aucune idée de quoi lui répondre… Je suis désolée mais, même si elle est handicapée, je ne peux pas la regarder dans les yeux et lui dire qu'elle n'aura jamais d'enfants. » Si les avis divergent, les médecins, eux, sont assez unanimes à dire que la priorité doit être donnée au bien-être de l'enfant. Or on connaît les risques lorsqu'au moins un des deux parents est déficient mental. Aujourd'hui, les questions ont le mérite de commencer à être posées. Le débat se poursuit, auxquels les principaux concernés entendent bien prendre part.

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