Elèves sourds sans enseignant LSF : une pénurie casse-tête

A Paris, rentrée chamboulée pour des élèves sourds de PEJS suivis en école ordinaire. Leur enseignante ne peut être reconduite pour raisons administratives. Le manque d'enseignants qualifiés laisse trop souvent les élèves dans la galère.

« En cette rentrée, pas d'enseignante en LSF (langue des signes française) dans une classe pour enfants sourds », s'impatiente Ronit Leven, membre de l'Association des parents d'enfants sourds du 75 (APES75). Elle est également maman d'un élève au sein d'un Pôle d'enseignement des jeunes sourds (PEJS), dispositif qui, en 2017, a remplacé les PASS (Pôle pour l'accompagnement à la scolarisation des jeunes sourds). Les élèves, accueillis au sein de l'école ordinaire de la rue de Turenne (Paris 3è) dans une classe de primaire à plein temps, disposent de deux enseignants : l'un qui enseigne la LSF quatre heures par semaine et l'autre qui dispense ses cours en LSF. En principe !

Une dérogation impossible ?

Une enseignante en LSF parfaitement qualifiée suivait cette classe multi-niveaux depuis deux ans mais, en cette rentrée 2020, son contrat n'a pu être reconduit au motif qu'elle est titulaire catégorie C alors que le poste de professeur, dans la Fonction publique, exige une catégorie A. « C'est interdit dans la réglementation, il y en a marre », poursuit Ronit. L'exception n'a donc duré qu'un temps, cette contrainte administrative mettant les élèves dans l'impasse… Pour le moment, c'est une ancienne AESH (accompagnant d'élèves en situation de handicap) qui assure la permanence et seulement pour une semaine. Il y a urgence « or cette situation est connue par le rectorat depuis juin 2020 », déplore Ronit. L'APES75 a donc décidé de passer une annonce tandis que le rectorat affirme chercher activement un remplaçant et promet une affectation dans les jours qui viennent.

Pénurie d'enseignants qualifiés

La gestion d'une classe PEJS multi-niveaux demande un temps de préparation important pour adapter les supports pédagogiques aux spécificités de l'élève sourd. « Or ces outils n'existent pas à ce jour, et doivent être créés par une équipe qui met son savoir en commun, explique Ronit. Des conditions particulières qui imposent qu'elle soit un minimum stable… » Or, depuis dix ans maintenant, dans cette école, les obstacles se sont amoncelés, « freinant les apprentissages et le bien-être psychologique » des enfants : mutation d'une enseignante en milieu d'année, remplacée par un instituteur dont les compétences en LSF n'étaient pas suffisantes… Après quatre 4 années consécutives de rentrée chamboulée, chaque fois pour des motifs différents, l'arrivée de cette nouvelle enseignante avait donc permis de stabiliser la classe. « Et c'est reparti pour un tour », se désespère cette maman. La faute à la pénurie de professeurs qualifiés… « Le manque de formation solide est une problématique, poursuit-elle.Soit ils n'ont pas le niveau en LSF soit ils n'ont pas le diplôme requis. » Et des postulants sourds ? « Les sourds ont du mal à suivre des études supérieures par manque d'accessibilité et leur accès au master MEEF (Métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation) n'est pas vraiment facilité, poursuit-elle. Les étudiants doivent se battre pour avoir des interprètes et ceux qui y parviennent n'obtiennent au maximum que 200 heures par an. »

Un vrai dispositif inclusif

Considérant que les établissements médico-sociaux ont « trop le monopole » sur l'éducation des jeunes sourds, cette maman, par ailleurs membre de la commission éducation de la FNSF (Fédération nationale des sourds de France) encourage vivement le gouvernement à donner toutes ses chances aux PEJS, un « dispositif réellement inclusif ». Seuls Lyon, Poitiers et Toulouse offrent une filière bilingue complète, de la maternelle jusqu'au Lycée. Et encore… A Lyon, on ne compte que deux professeurs pour 39 élèves, du CP au CM2, soit une moyenne de 20 par enseignant. « Mais le rectorat refuse d'ouvrir des postes sous prétexte qu'il n'y a pas de nombre limité d'élèves dans la circulaire relative aux PEJS », ajoute Ronit Leven. A titre de comparaison, le dispositif ULIS (Unité locale d'inclusion scolaire), également installé au sein de l'école ordinaire et qui peut être dédié aux élèves sourds, prévoit un nombre maximum de 12 par classe. « Une situation dingue », selon elle. Les associations concernées réclament un « vrai » programme de déploiement national depuis 2017 « mais rien n'avance ». Un courrier collectif a été adressé aux pouvoir publics en juillet 2020. Sans réponse à ce jour…

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