Handicap psy : déconfinement, un risque de 2e crise ?

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Si pour de nombreuses personnes le déconfinement est une véritable libération, pour d'autres, avec un handicap psychique, il peut être source de vives inquiétudes. Des asso alertent, redoutant une hausse du stress post-traumatique lié à la crise.

 

Le déconfinement, un soulagement ? Au contraire, pour certains, cette période peut s'avérer plus angoissante que la précédente. Peur de contracter le Covid-19, incertitudes en termes d'emploi, difficultés à porter un masque ou encore à se projeter dans l'avenir... Au lendemain d'un confinement particulièrement déstabilisant, les personnes en situation de handicap psychique et leur entourage redoutent une « nouvelle crise ». « Les modalités mises en place pour sortir du confinement sont difficiles à appliquer pour elles, explique l'Unafam, association dédiée au handicap psychique. On observe d'ores-et-déjà des angoisses et du stress liés notamment à la difficulté à respecter les gestes barrière, conduisant à un 'surconfinement' ». Face à ce constat, à l'heure où s'ouvre le Ségur de la Santé, plusieurs associations lancent un cri d'alarme : « Les moyens des psychiatres ne sont pas à la hauteur des besoins croissants ».

Une hausse du stress post-traumatique

« Les effets de la pandémie arrivent sur la psychiatrie. Les enfants et adultes habituellement suivis ou récemment fragilisés vont avoir besoin de ces soignants », prévient la fondation FondaMental, qui lutte contre les troubles psychiatriques majeurs. Selon elle, « le défi est grand » : 12 millions de Français (dépression, suicide, schizophrénie, troubles bipolaires, autisme...), soit un sur cinq, étaient suivis en psychiatrie avant la crise sanitaire, « davantage sont attendus dans les mois à venir ». Face à la recrudescence du stress post-traumatique, des addictions ou encore des dépressions sévères post-confinement, le recours précoce aux soins est essentiel. « On peut craindre une augmentation des phobies sociales comme l'agoraphobie (peur de la foule, d'un lieu d'où il est difficile d'être secouru), l'anthropophobie (la peur des gens) ou la blemmophobie (peur du regard des autres, d'être jugé ou perçu comme anormal). Le retour au travail sera un changement brutal : il faudra se réhabituer à côtoyer un autre environnement, qui sera probablement anxiogène car marqué par la crise sanitaire », explique Didier Meillerand, à l'origine du Psychodon.

Faciliter l'accès aux soins

« Pour ce faire, les préjugés et la peur entourant la psychiatrie sont un premier obstacle à lever. La difficulté à reconnaître les symptômes nécessitant de consulter un médecin en est un autre. Dans ce contexte, il est essentiel d'innover pour guider vers le soin quiconque en a besoin, sans peur de la stigmatisation », soutient la fondation FondaMental. Pour ne laisser personne sans solution thérapeutique, ses équipes travaillent à la création d'une plateforme interactive et conversationnelle favorisant la mise en place d'un véritable parcours de soin pour les utilisateurs. Son credo : « Savoir pour prévoir afin de pouvoir ».

Soutenir la recherche

« La lutte contre cette pandémie est une véritable course de fond, assure Marion Leboyer, directrice de FondaMental. Les interrogations médicales et scientifiques sont nombreuses. Nous savons qu'il nous faut répondre aujourd'hui aux besoins des patients en rupture de soin psychiatrique mais également à ceux des personnes fragilisées par la crise sanitaire et sans antécédent psychiatrique. Mais pour mieux soigner demain, il nous faut comprendre l'infection au Covid-19 et ses impacts multiples sur les patients, leur santé physique comme psychiatrique. Nous manquons encore de recul et de données. » Pour changer la donne, une solution : la recherche. « C'est la meilleure protection individuelle et collective contre les conséquences, à la fois graves et inévitables, du Covid », estime-t-elle. Dans ce contexte, elle lance une campagne de sensibilisation pour soutenir la recherche en santé mentale et financer des actions de soin et de prévention.

2 fiches pratiques pour une prise en charge adaptée

De son côté, le secrétariat d'Etat au Handicap met à disposition des professionnels de santé deux fiches pratiques dédiées à la prise en charge des patients qui présentent des troubles psychiques. La première, destinée aux médecins urgentistes, régulateurs du Samu et équipes hospitalières, porte sur l'accueil d'un patient présentant des troubles psychiques avec suspicion de Covid-19 :
https://handiconnect.fr/accueil-dun-patient-en-situation-de-handicap-psychique-avec-suspicion-de-covid-19/
La seconde donne des clés aux médecins généralistes et psychiatres de ville pour suivre une personne en confinement :
https://handiconnect.fr/suivi-dune-personne-en-situation-de-handicap-psychique-en-confinement/

Le Ségur de la Santé est lancé

Autre problématique : la capacité d'accueil des établissements spécialisés reste limitée, alors même que ceux-ci vont subir une montée en pression (nouveaux entrants, retour de patients qui ont décompensé pendant le confinement...). « Les personnes en situation de handicap psychique et leur entourage craignent de voir des situations de l'ordre de l'exceptionnel devenir la norme, comme l'absence d'audition par le juge de privation de liberté au moment des hospitalisations sous contrainte, qui semble se généraliser », déplore l'Unafam. Le Ségur de la Santé a été lancé le 25 mai par le ministre de la Santé OIivier Véran, qui doit, selon lui, « permettre de tirer collectivement les leçons de l'épreuve traversée et faire le lien avec les orientations de Ma Santé 2022, pour bâtir les fondations d'un système de santé encore plus moderne ». Dans ce contexte, « il est indispensable que la psychiatrie soit partie prenante des discussions si nous voulons des réponses à la hauteur des besoins », exhorte le Pr Marion Leboyer, appelant à une mobilisation dans le cadre de cette « réorganisation annoncée du système de soins ».

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